Archive for the 'Culture' Category

24
Août
13

Harpoon

Harpoon
Roman de C.W. Nicol (1987)

harpoon

Depuis leur poste d’observation, perché sur les falaises qui surplombent la mer, un vieil homme et un enfant surveillent l’horizon aux premières lueurs de l’aube. Le vieillard n’a plus sa vue d’antan et doit se reposer sur son jeune compagnon pour repérer les signes, la présence d’une baleine. Depuis des générations la famille du vieux Toumi, guettent les cétacés pour les baleiniers du village de Taiji. Et bien que ses yeux aient faibli, personne ne pourrait mieux que lui interpréter les indices et prévoir les mouvements du ‘poisson courageux’, ni enseigner au garçon comment scruter la mer et respirer comme une baleine, penser comme une baleine.
Quand un voyageur portant deux sabres surgit soudain et s’assoit près d’eux, les deux pêcheurs sont d’abord effrayés.

Nous sommes en 1846 au Japon. Depuis plus de deux cents ans le régime du Bakufu Tokugawa régit très strictement les relations entre les classes de la société. Les guerriers, les bushi, ont droit de vie et de mort sur les classes inférieures, et à leur tête, le Shogun, surveille les seigneurs, pour la tranquillité de l’Empereur.
Tout comme la tradition et les enseignements des anciens définissent chaque geste, chaque métier, les lois déterminent la place de chacun, ses voyages, ses constructions…

Pourtant s’annoncent des bouleversements profonds, avec pour détonateur la menace des flottes marchandes occidentales. Chaque année les vaisseaux de ces ‘barbares poilus’ s’enhardissent, bien décidés à percer l’isolationnisme japonais, quitte à établir ces rapports commerciaux par la force.

Tokugawa et marins occidentaux, voilà qui suffit à rapprocher Harpoon d’un autre roman, très populaire, le Shogun de James Clavell — dans la sonorité des titres même.
Et qui n’a pas appris ses premiers rudiments de japonais des lèvres de la belle dame Mariko ?
Au côté d’Anjin-san, le pilote anglais, Clavell nous faisait découvrir les beautés et la cruauté du Japon féodal à l’heure de l’avènement du premier Shogun Tokugawa. C’est auprès de deux héros japonais que Nicol choisit lui de nous dépeindre les dernières années de ce shogunat, le retour au pouvoir de l’Empereur et la fin des samourai.
Ainsi de la rencontre improbable de Jinsuke, jeune baleinier de Taiji, et de Matsudaira Sadayori, noble officier au service du seigneur de Kii, naît un roman haletant, ponctué d’intrigues politiques, de combats épiques et d’images du Japon comme autant de pages d’un carnet de voyage.

Mais plus qu’une peinture historique précise et délicate ou un roman d’aventures, Harpoon est une œuvre marquée par la ‘transmission’ — comme l’annonce très clairement sa scène d’ouverture.
Jinsuke, fort et courageux, aspire à remplacer un jour son père comme chef harponneur du village. Takigawa, le vieux peintre des bateaux de Taiji, espère marier sa fille à un second né, pour l’adopter et faire perdurer son nom et son art. Sadayori, inspectant les côtes de la province de son seigneur, inquiet d’une invasion étrangère, reprend d’une certaine façon l’œuvre de son grand-père qui réorganisa l’armée et la sécurité du Japon en son temps.
Tout au long du roman il sera donc question de transmission, du maître à l’élève, du père au fils, du nom, du savoir, de la tradition ou de la modernité, et enfin du Japon de la classe guerrière des bushi à celui de l’Empereur Meiji et de l’armée de conscription.
Et ainsi les derniers samourai, compagnons de Saigo Takamori, s’apprêtant à donner leur ultime charge contre la nouvelle armée impériale, diront :
— Pour une bande de paysans et de boutiquiers ils se sont bien battus, non ? Je crois que nous pouvons partir confiants : après notre départ le Japon sera tout de même en de bonnes mains. »

Et l’enseignement des arts martiaux ne manque pas à l’appel, comme une partie intégrante du Japon lui-même. Sadayori, pratiquant émérite, s’essaye ainsi aux styles Yagyu Shinkage Ryu et Ono Hai Ryu, styles officiels des écoles de sabre du bakufu, ainsi qu’au jujitsu. Il fréquente encore le Shinto Mumen Ryu, enseigné dans un dojo d’Edo où se mêlent samourai de basses extractions et fils de boutiquiers. Puis au détour d’un affrontement amical, entrevoit le style Niten de Musashi.
Mais c’est loin de la capitale, à Okinawa, que Jinsuke sera quant à lui instruit dans les techniques du karate et le maniement du saï.

Alors filez sur les vagues avec Jinsuke à la poursuite du ‘poisson courageux’ ou protégez votre navire contre les pirates chinois… transpirez avec Sadayori dans la pratique du sabre de bois ou jetez votre fourreau pour courir sous les balles…

L’auteur : Né au pays de Galles, C.W. Nicol s’est installé au Japon où il vit avec sa femme et sa fille. Il y a étudié longtemps le Karaté, a écrit de nombreux ouvrages en anglais et en japonais et s’efforce de préserver la forêt japonaise en harcelant les autorités, espérant ainsi transmettre un patrimoine aux générations futures…




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